Procédures thérapeutiques

La mésothérapie esthétique : un vaste potentiel sous-utilisé.

Jean Marc CHARDONNEAU

Résumé introductif

Mots clés : mésothérapie – esthétique – induction tissulaire.

La Mésothérapie est un concept thérapeutique qui consiste à rapprocher la distance entre le lieu de la thérapeutique et lieu de la zone à traiter. C’est une injection de produits allopathiques en faible quantité au niveau épidermique , dermique et sous cutanée. C’était la devise du Docteur Michel Pistor pionner français de ce traitement : « Peu, rarement et au bon endroit ».

En 1987 la mésothérapie est reconnue par l’Académie de Médecine comme faisant partie intégrante de la médecine traditionnelle. le premier diplôme  d’université de mésothérapie voit le jour en 1989 .

Cette approche thérapeutique centrée sur la pathologie (pathologies sportives, rhumatismales, etc..) dans un premier temps , s’est étendue depuis plus d’une vingtaine à la sphère esthétique et anti-âge. C’est un traitement simple d’utilisation, sans éviction sociale, efficace et avec une excellente sécurité des produits employés (1).

Depuis la description de la technique, l’utilisation de la mésothérapie a augmenté lentement au cours des 20 premières années (1971-1991) mais de façon exponentielle au cours des 30 dernières années.

L’augmentation du nombre de ces procédures thérapeutiques semble aujourd’hui être liée en grande partie à l’objectif de rajeunissement de la peau. Cette procédure française (2) est pratiquée dans le monde entier. Environ 20000 médecins américains utilisent la mésothérapie dans leur pratique médicale quotidienne (American Journal of Mesotherapy).

HISTORIQUE

  • En 1844 RYND préconise d’injecter par voie intradermique (ID) en Angleterre,
  • Puis en 1855.BEHIER introduit la méthode en France. 
  • En 1905 synthétise la procaïne et donne de grands espoirs au traitement de la douleur.
  • en 1928  LERICHE utilise pour la première fois la procaïne en ID dans les névralgies du trijumeau avec des résultats qui dépassent toutes ses espérances.
  • En 1937 ARON publie la première étude préliminaire sur l’intérêt de l’introduction des substances médicamenteuses par voie intradermique et en 1947 ASLAN publie ses travaux sur l’utilisation de la procaïne en gériatrie.
  • En 1952 Michel PISTOR, dans son village de Bray et Lu, est amené à traiter le cordonnier pour une crise d’asthme par de la procaïne IV. Ce traitement n’aura que peu d’effet sur la pathologie de départ, par contre ce patient qui était sourd depuis de nombreuses années a pu de nouveau entendre les cloches du village sonner les heures tout au long de la journée et de la nuit.
  • Michel PISTOR eut alors l’idée de poursuivre le traitement par la procaïne mais en regard de l’oreille et les résultats furent concluants. C’est à partir de cette observation qu’il cherchera inlassablement à traiter au plus près de la pathologie.
  • De 1952 à 1958  PISTOR et LEBEL expérimentent l’utilisation loco-régionale de mélanges médicamenteux dans de nombreuses indications. Afin de faciliter les injections locales leurs travaux aboutissent à la création de l’aiguille de LEBEL.
  • En 1958 c’est la première publication des travaux de Michel PISTOR dans la « Presse Médicale » avec pour la première fois l’apparition du mot : mésothérapie.
  • C’est en 1964 qu’est créée la Société Française de Mésothérapie.
  • En 2003 Il existe 5 pôles d’enseignement universitaire du DIU de mésothérapie.
  • La même année le Conseil National de l’Ordre des Médecins valide le diplôme, permettant ainsi aux seuls titulaires du DIU de faire état de leur diplôme sur leur plaque et ordonnances.

PRINCIPE 

Le terme « méso » de mésothérapie vient du mot grec « mesos » se référant au mésoderme (ou couche de cellules germinales moyenne) dans l’embryon précoce. Les cellules du mésoderme forment les somites (qui donneront les vertèbres, les muscles du tronc et des membres et le derme).

2 mécanismes expliqueraient son action : un effet pharmacologique et un effet mécanique.

  • Action des substances micro-injectées in situ:  Le principe actif est disposé auprès de l’organe cible. Un médicament injecté à petites doses dans la couche superficielle de la peau se propage lentement aux tissus sous-jacents et reste plus longtemps que l’administration systémique, comme le confirment les études. Des concentrations plus élevées de médicament injecté par voie intradermique ont été détectées dans la peau, les muscles et les articulations sous-jacentes au site d’infiltration par rapport à l’administration intramusculaire. De plus, une réponse immunitaire plus élevée, à la fois primaire et secondaire, a été rapportée après injection intradermique par rapport à l’administration intramusculaire.
  • Stimulation des mécano-récepteurs par micro-punctures des aiguilles: C’est l’induction tissulaire.  L’induction tissulaire (3 ,4 ,5 , 6) est une nouvelle approche thérapeutique.
  • Ce phénomène complexe mais scientifiquement avéré est basé sur la stimulation cellulaire avec pour cible (au niveau de la peau) le fibroblaste et pour finalité la production de collagène.
  • Le collagène exerce un rôle crucial dans les signes du vieillissement et dans la restauration des fonctions de la peau. C’est pour cette raison qu’il représente la voie privilégiée des stratégies de correction des effets du temps.
  • Le principe consiste à exploiter les propriétés du dialogue permanent épidermo-dermique (kératonocytes et fibroblastes) et entre le collagène et les autres éléments de la matrice extra-cellulaire (2) notamment l’élastine avec comme conséquence le renforcement de la cohésivité cutanée.
  • Différentes procédures sont utilisées : lumineuses , biologiques  , thermiques et mécaniques.
  • La mésothérapie par son action mécanique (7) et biologique devient un acteur très intéressant dans ce phénomène d’induction tissulaire. De ce fait , on peut penser que la mésothérapie utilise principalement la voie interstitielle pour réaliser ses effets thérapeutiques dans le cadre du rajeunissement du visage.

 

TECHNIQUE

2 procédés sont utilisés : les techniques manuelles et les injecteurs.

5 techniques sont utilisées manuellement: 

  1. Intra-épidermique:

Technique , utilisant une aiguille de 13 mm , difficile à maîtriser. L’aiguille est posée sur la peau avec un angle de 15°, biseau dirigé vers le haut.  Il nécessite un mouvement rapide et léger qui va fissurer l’épiderme de haut en bas . L’injection intra-épidermique se situe entre 0.05 et 0.1 mm.

  2. Intra-dermique superficiel par papule:

Injection de produit au niveau de la basale qui réalise une sorte de  décollement entre l’épiderme et le derme superficiel. C’est le point par point. Les injections se font perpendiculairement à la peau.

  • Intra-dermo superficiel par nappage:

Pénétration rapide de l’aiguille ne permettant pas l’injection de produit , mais déposant une goutte à chaque impact en regard de l’effraction cutanée. On réalise une dizaine de punctures par seconde , espacées de 2 à 4 mm. L’injection intra-dermique superficielle se situe entre 0.1 et 0.2 mm.

  • Intra-dermo profonde

On utilise une aiguille de 4 mm. L’injection intradermique profonde se situe entre 1 et 2 mm .

  • Intra hypodermique

Injection entre 2 et 13 mm de profondeur. On utilise une aiguille de 6 ou 13 mm

Certains facteurs influencent l’épaisseur de la peau :

– l’âge responsable d’une diminution de l’épaisseur du derme mais pas de l’épiderme.

– les variations hormonales chez la femme avec rétention hydrique augmentent l’épaisseur du derme.

– les corticoïdes sont responsables de derme et d’épiderme amincis.

– les phototypes influencent peu l’épaisseur dermo-épidermique.

Les injecteurs

Le pistolet

C’est un injecteur automatisé qui permet de réaliser les micro-injections à une cadence élevée. 

Le pistolet permet de respecter précisément tous les paramètres prédéfinis : doses, profondeur et vitesse qui sont pilotés avec la précision de l’électronique. Il est surtout très utilisé pour les zones de traitement étendues.

Il est également parfaitement adapté à la technique du nappage. L’asepsie de cet outil doit être rigoureuse.

Le stylo injecteur

Il s’agit d’un stylo électronique avec un embout à usage unique muni d’une trentaine de micro-aiguilles.

Il crée plus de 1000 micro-canaux par seconde et permet au médecin d’adapter la vitesse et la profondeur de pénétration des aiguilles.

Le traitement, peu douloureux , est surtout intéressant pour le contour des yeux et des lèvres. Il est très intéressant pour les techniques de micropapules.

Les multi-injecteurs

Les multi-injecteurs en plastique circulaires sont composés de sept aiguilles ou linéaires à cinq aiguilles à usage unique.

PHARMACOPÉE

De nombreuses substances sont utilisés en médecine esthétique.

– L’acide hyaluronique non réticulé qui stimule la production du fibroblaste via le récepteur 44. Il favorise l’élasticité et la fermeté de la peau, en plus de l’hydrater

-Le silicium organique qui protège les membranes des cellules et aide à la synthèse du collagène et à l’hydratation de la peau.

– Les vitamines pour leur effet antioxydant.

La procaïne utilisée comme vasodilatateur

Le dimethylaminoethanol (DMAE) participe à l’hydratation et réalise un effet tenseur sur la peau.

– Le glycérol aide à l’hydratation de la peau

Le phosphatidylcholine et le deoxalate (interdits en France ) par leur action de vidange des cellules graisseuses.

-Les lipolytiques sont  utilisés dans le traitement de la cellulite et de la graisse localisée, ils favorisent le mouvement des nodules graisseux pour faciliter leur élimination naturelle. Les lipolytiques les plus courants sont la L-Carnitine, la caféine.

– Les flavonoïdes décongestionnants lymphatiques, et veinotoniques, qui limitent la dilatation des veines et le phénomène inflammatoire.

– Etamsylate possède  une action anti-œdémateuse.

La calcitonine améliore le débit microcirculatoire.

– Le zinc, le sélénium et le fer sont utilisés pour leur action anti-inflammatoire et anti-oxydante.

– Le plasma riche en plaquettes (autorisé en France uniquement en pathologie) stimule la cicatrisation et la microcirculation.

Le dutastéride et le minoxyl sont prescrits pour combattre contre les alopécies modérées.

Les régénérateurs cellulaires, comme le centella asiatica, sont très utilisés pour améliorer la cicatrisation et prévenir l’apparition des vergetures.

Certaines associations bénéficient du marquage CE :

  • Revitacare biorevitalisation: pour des peaux atones, fatiguées, matures ou manquant d’éclat. Convient aux peaux jeunes pour un effet anti-âge.
  • NCFT135HA : acide hyaluronique haute concentration + solution polyrevitalisante. Indiqué pour l’hydratation des peaux fatiguées ou en manque d’éclat et le traitement des rides superficielles.
  • Reparestim :indication la biorevitalisation, l’hydratation des peaux fatiguées ou en manque d’éclat et le traitement des rides superficielles.

LES INDICATIONS EN MÉDECINE ESTHÉTIQUE

  • Vieillissement cutané (amélioration de l’apparence de la peau par effet cutané tenseur, par modification de l’éclat) : le Mésolift (qui consiste à injecter une solution à base d’acide hyaluronique non-réticulé et de vitamines sur la peau du visage pour l’hydrater et la tonifier. En quelques séances la peau est repulpée et le teint unifié.
  • Mains
  • Acné
  • Cicatrices
  • Bajoues
  • Double menton
  • Vergetures (8)
  • Alopécie
  • Hyperlipodystrophie profonde ou stéatomérie
  • Cellulite
  • Insuffisance veineuse
  • Relâchement cutané

PROTOCOLES THÉRAPEUTIQUES

Dans les 3 domaines principaux :

Mésolift du visage

Mélange:

  • avec acide hyaluronique non réticulé 70 %
  • + suivant les cas :
    • dmae (relâchement cutané)
    • vitamines (visage terne)
    • silicium organique (derme très fin)

Type d’injection: Intra-épidermique et intradermique par nappage.

Rythme:  1 séance  tous les 15 jours – 3 à 4 séances.

Cellulite : le protocole mésocellulite

  • Basé sur les travaux effectués sur la physiologie et le métabolisme du tissu adipeux par différentes équipes et en particulier celle de l’INSERM de Toulouse, conduisent à penser à penser que l’injection locale d’un mélange ortho-osmolaire à visée essentiellement vaso-active conduirait à une réduction des amas graisseux et plus particulièrement cellulitiques
  • Mélange utilisé:

Procaïne 1% : 2 cc – Thiocolchicoside : 3 cc – Étamsylate : 2 cc – Pidolate de Magnésium : 2 cc – Eau PPI : 1 cc

  • Les produits retenus dans le mélange l’ont été pour les propriétés suivantes:

Procaïne en tant que vecteur.

Thiocolchicoside pour son action défibosante et sur le système de production de l’élastine. – Étamsylate pour son action rhéologique et lymphatique.

Pidolate de Magnésium pour son effet de relaxation musculaire sur les fibres musculaires des artérioles et des veinules, et aussi pour son implication dans de nombreux systèmes enzymatiques à l’origine de la relance physiologique de la lipolyse.

  • Le schéma de traitement est le suivant :

Rythme:  une séance de mésothérapie avec le mélange indiqué ci-dessus à raison d’une séance toutes les semaines à dix jours au maximum. Le délai entre deux séances peut être exceptionnellement modifié en fonction des contraintes du médecin et de la patiente sans excéder 21 jours. Total 6 à 8 séances.

Technique d’injection : un point tous les cm² environ. La moitié des points d’injection est faite à une profondeur de 1 à 2 mm (IED ou IDS) et l’autre moitié à une profondeur de 4 à 6 mm (IDP).

La répartition des deux profondeurs est régulière sur la zone traitée.

– le volume de chaque point d’injection est de 0,1 à 0,2 cc.

– le volume total injecté est au maximum de 10 cc par zone à traiter.

Vergetures

Mélange avec centella asiatica 30 % et silicium organique 70 %

Type d’injection Intra-dermo superficiel et Intra-dermo  profond.

Rythme : 1 séance  tous les semaines – 8 séances

EFFETS SECONDAIRES

Les effets secondaires sont rares et généralement éphémères et bénins :

  • Réaction allergique à un des composants injectés
  • Œdème
  • Érythème
  • Ecchymose
  • Prurit
  • Infection
  • Nodules
  • Pigmentation

CONTRE INDICATIONS

Elles sont très rares :

  • hypersensibilité connue à l’un des composants
  • grossesse
  • période de lactation
  • patients sous anticoagulants (contre-indication relative)
  • infections cutanées

LES ÉTUDES

On a souvent reproché à la mésothérapie esthétique (9) de souffrir d’un manque d’étude comparativement à la mésothérapie traditionnelle.

Pourtant de nombreuses études scientifiques  viennent confirmer sa place et son interêt dans les traitements à visée esthétique dans divers domaines.

  • Massimo Mammucari et al. Mesotherapy and phosphatidylcholine injections: historical clarification and review 2020.
  • Mesotherapy in Management of Hairloss – Is it of Any Use? 2010. Venkataram Mysore.
  • Comparison of efficacy of Tranexamic Acid Mesotherapy versus 0.9% normal Saline for Melasma; A split face study in a Tertiary Care Hospital of Karachi 2020. Sana Kaleem1Rabia Ghafoor 2Sidra Khan 
  • Polycomponent mesotherapy formulations for the treatment of skin aging and improvement of skin quality 2015. Sergey Prikhnenko1.

CONCLUSION

La mésothérapie est une thérapeutique reconnue scientifiquement et exerce une place de choix dans la sphère esthétique. Elle peut être utilisée seule ou associée à d’autres procédures : LED – radiofréquence – laser – fils tenseurs. C’est un traitement à coût modéré qui réalise une épargne médicamenteuse. Il est  peu traumatisant , sécurisant et efficace.

Le phénomène d’induction tissulaire et sa restauration de la matrice extra-cellulaire notamment par le biais de la mésothérapie, face à une demande exponentielle de rajeunissement du visage va s’inscrire dans notre stratégie thérapeutique.

Non seulement cette induction tissulaire intéresse la sphère esthétique mais aussi , selon de nombreux biologistes, les maladies chroniques.

Couvrant de nombreux champs d’application, la mésothérapie fait aujourd’hui partie intégrante de l’arsenal thérapeutique  à visée esthétique à la disposition du praticien que ce soit de façon isolée ou en  avec d’autres thérapeutiques.

BIBLIOGRAPHIE

  1. Évaluation de l’efficacité de la pratique de la mésothérapie à visée thérapeutique –2010.                        G Sivagnanam . Mesotherapy – The French connection. J. Pharmacol Pharmacotherapy 2010 ;1(1):4-8
  2. Rodrigo ArroyoEvgeniya Ranneva Philippe Deprez. In vitro study of RRS HA injectable mesotherapy/biorevitalization product on human skin fibroblasts and its clinical utilization Clin Cosmet Investig Dermatol 2016. 23; 9:41-53.
  3. Adam Wahlsten, Dominic Rütsche, Monica Nanni, Costanza Giampietro, Thomas Biederman. Mechanical stimulation induces rapid fibroblast proliferation and accelerates the early maturation of human skin substitutes. Biomaterials 2021.120779
  4. B Môle. Induction tissulaire : comprendre et utiliser un phénomène prometteur. J Med Esth Chir Dermato 179 , 2018 147-154.
  1. Grimaud JA. Photobiomodulation , bioconduction, mécano-transduction : exploration du dialogue dermo-épidermique induit par videomicroscopie dynamique à l’aide de milieux conditionnés. Réalité en chirurgie plastique. 14, 2016: 7-9.
  1. Zeitter S, Sikora Z, Jahn S, et all. Microneedling: matching the results of medical needling and repetive treatments to maximize potentials for skin regeneration. Burns 2014; 40 (5): 966-73.
  1. JM Chardonneau. Vergetures et acide hyaluronique :un couple à découvrir. J Med Esth  Chir Dermato 176 , 2017 213-219.
  1. J Le Coz. Le point sur la mésothérapie esthétique. J.de Med.Esth.et de Chir. Dermato 2011,149: 35-39