Pr JEAN PAUL MENINGAUD

Directeur scientifique 

de Look et Médecine 

Éditorial

APPARENTIA SANA IN CORPORE SANO

Pr Jean Paul Meningaud

 

Un incessant dialogue entre le Look et la Médecine. « La forme, c’est le fond qui remonte à la surface » est une citation célèbre attribuée à Victor Hugo. (Proses philosophiques (1860-1865) ; Utilité du Beau).

Je vous livre des extraits plus précis : « Ce sceptique vous consolidera, ce lâche vous enflammera, ce corrompu vous assainira ; et de la lecture de cet homme qui n’est pas bon, vous sortirez meilleur.  Pourquoi ? c’est qu’Horace, c’est beau. Et qu’à travers le mal, qui est à la surface, le beau, qui est au fond, agit. 

Forma, la beauté. Le beau, c’est la forme.  Preuve étrange et inattendue que la forme, c’est le fond.  Confondre forme avec surface est absurde.  La forme est essentielle et absolue ; elle vient des entrailles mêmes de l’idée. Elle est le Beau ; et tout ce qui est beau manifeste le vrai. ». 

Et plus loin « Chose merveilleuse, et ce sont là les étonnements croissants de l’art contemplé, oui, l’on peut affirmer que les idées dans Horace, ce qu’on nomme le fond, ce n’est que la surface, et que le vrai fond c’est la forme, cette forme éternelle qui, dans le mystère insondable du Beau, se rattache à l’absolu ».

 Cher lecteur, ne trouvez-vous pas que ces citations sont merveilleusement adaptées à notre art ? La médecine et la chirurgie esthétique !

Il y a eu plusieurs façons de définir le beau à travers les siècles.  Dans La Métaphysique (livre 12, chapitre 3), Aristote (384-322 av J-C) cite :  l’ordre,  la « symétrie »  et le « défini » et précise leurs liens très clairs avec les sciences mathématiques.

Les artistes utilisent des modules. Celui décrit par Polyclète est le plus célèbre.  Il nous est rapporté par Vitruve, puis par da Vinci dans son fameux homme de Vitruve. En 1509, Pacioli publie à Venise un livre intitulé La divine proportion, consacré au nombre d’or. Le livre est illustré par Léonard de Vinci.  Encore lui ! Mais attention, le peintre toscan, se fiait surtout à ses propres études anatomiques, préférant partir du réel que du concept. Bien plus tard les études céphalométriques fondées sur la « Loi Normale » ont été et sont toujours un élément important de définition du beau. Enfin, Charles Auguste Baud, un chirurgien suisse, dans son ouvrage « Harmonie du visage » » publié en 1967, décrivit la fonction, comme un critère intrinsèque de la beauté.

Un visage beau implique : une orthographie, c’est-à-dire un engrènement correct des dents, une bonne perméabilité des voies aéro-digestives supérieures, un appareil oculomoteur fonctionnel, une bonne motricité du visage (l’absence de paralysie faciale), etc. C’est cette dernière option qui a été retenue par « Look et Médecine » : l’apparence dont le pouvoir est grandissant dans nos sociétés, ne peut être sous-tendue durablement que par une bonne médecine que ce soit en termes de prévention ou de traitement. 

Toutes les maladies commencent ou finissent par avoir une répercussion cutanée décelable par le clinicien.  A contrario la santé transparait à travers l’apparence. On peut sans hésiter paraphraser le « Mens sana in corpore sano » par « Apparentia sana in corpore sano ».

Pour aller plus loin, on conçoit aisément que le charme ne peut résulter d’une forme immobile mais au contraire nécessairement animée. Parfois, la photo d’un visage semble quelconque alors que ce même visage lorsqu’il est animé dégage un charme fou. Or, c’est forcément un psychisme qui anime un visage.

Passé quarante ans, un homme est responsable de son visage, citation attribuée à Léonard de Vinci. Eh oui, encore lui ! La boucle est bouclée : la forme est bien du fond comme le disait parfaitement Victor Hugo.

Merci à tous les auteurs de ce numéro de « Look et Médecine » d’avoir su donner de la substance grise à la ligne éditoriale de ce magazine dont le fil conducteur est un incessant dialogue entre le Look et la Médecine.