Qualité de vie, Bien-être et Esthétique

Dr Michèle Verschoore

Dermatologue, Centre Sabouraud Paris,
Directeur médical L’Oréal Recherche et Innovation.

Clara Gicquel

Sci. Master, L’Oréal Recherche et Innovation.

 

RÉSUMÉ

Quelle que soit la région du monde, et de tous temps, les pratiques esthétiques ont été une constante pour l’humanité.

Ce phénomène concerne en général davantage les femmes, mais les hommes aussi, selon les périodes et les cultures.

On entend par « pratiques esthétiques » les soins cosmétiques, les actes de médecine esthétique, de dermatologie esthétique, de chirurgie plastique et esthétique, visant à corriger, à camoufler un désordre d’apparence, une disgrâce. 

  • Ces actes permettent à chacun de se sentir esthétiquement plus agréable et socialement bien accepté. On constate que ces pratiques existent dans toutes les sociétés et cela quel que soit le niveau social.

  • La prise en charge de l’apparence contribue au bien-être et à l’estime de soi.

  • Ces dernières années, la mise au point d’échelles validées a permis de quantifier ces bénéfices grâce à des études fondées sur des preuves.

  • On démontre ainsi que bonne apparence, beauté et santé se rejoignent, on appréhende aussi plus finement les variations selon des critères culturels et sociétaux.

Mots clés : pratiques esthétiques, soins cosmétiques, médecine esthétique, dermatologie esthétique, chirurgie plastique, acide hyaluronique, toxine botulique, peeling, mammoplastie, rhinoplastie, laser, abdominoplastie, lifting, liposuccion, dermatoses, mélasma, vitiligo, cancer, échelles de mesure, bien être esthétique, qualité de vie, estime de soi.

L’ESTHÉTIQUE ET LE BIEN-ÊTRE SONT ASSOCIÉS À LA BONNE SANTÉ

L’importance des soins de la peau ne date pas d’aujourd’hui : les femmes et les hommes ont toujours accordé une importance particulière à leur beauté pour magnifier voire transformer leur apparence. Ce phénomène se retrouve tout au long de l’histoire des civilisations.

Pendant la période de l’Égypte ancienne, l’idéal de la beauté pour les femmes était déjà une peau claire, lisse, sans imperfections, sans poils et douce au toucher.

Plus tard, lors de la Grèce antique, on assiste à l’émergence des soins de la peau, pour les femmes mais surtout pour les hommes qui pratiquaient des bains d’eau froide puis chaude, suivis de massages, de gommages et d’applications de parfums aromatiques sur tout le corps.

Ce rituel fut l’inspiration des premiers thermes qui vont se développer intensément à la période romaine ; ces centres de relaxation publiques associent discussion philosophique, plaisir, santé et hygiène corporelle. On y observe ce lien entre santé de la peau et bien-être.

Au Ier siècle après Jésus-Christ, Criton, médecin grec considéré comme le père de la médecine cosmétique a été un des premiers à intégrer la notion d’esthétique dans l’enseignement de la médecine.

Un siècle plus tard, Galien poursuivra ces travaux, intégrant la qualité des formules, le plaisir de la galénique de soins topiques dans un but thérapeutique.

 Ce sont ces aspects, éclairés par des travaux modernes, qui ont conduit l’Organisation Mondiale de la santé (OMS) à modifier la définition de la bonne santé comme « un état de complet bien-être physique, mental et social, qui ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ».

Cette définition confirme la notion de bien-être en santé humaine et dans ce cadre on comprend mieux le rôle des produits cosmétiques sur le bien-être ainsi que celui des procédures esthétiques et des actes de chirurgie plastique.

 

 

LES DERMATOSES : BÉNIGNES MAIS CHRONIQUES

 

LEUR IMPACT SUR LE BIEN-ÊTRE ET LA QUALITÉ DE VIE

Les maladies de peau mettent rarement en jeu le pronostic vital mais elles sont visibles, par soi et aussi par les autres. C’est cette particularité affichante et leur chronicité fréquente qui altèrent la qualité de vie, et rend leur prise en charge indispensable.

Les pathologies de la couleur de la peau, à type d’hyper ou d’hypopigmentation en sont deux exemples fréquents, elles sont mal vécues par la majorité des patients.

 

LE VITILIGO

Cette maladie fréquente de la pigmentation cutanée se manifeste par des taches blanches pouvant atteindre tout le corps, et concerne environ 1% de la population, les femmes et les hommes.

L’impact sur la qualité de vie des patients, avec perte de confiance en soi, isolement social ainsi que sentiment de honte à exposer sa peau sont fréquemment retrouvés. 

  • Le VitiQOL est une échelle spécifique du vitiligo, validée par Lilly et al en 2013 pour évaluer spécifiquement l’impact de cette dermatose sur la qualité de vie. Une étude sur 198 patients atteints de vitiligo mesure l’altération significative de la qualité de vie selon la gravité de la maladie :  plus l’atteinte cutanée est étendue, plus altérée est l’estime de soi.

  • Le VitiQOL évalue la stigmatisation, la gêne sociale et les répercussions de la maladie sur le comportement. Les femmes, les jeunes adultes et ceux dont l’ancienneté de la maladie est supérieure à 5-10 ans ont une altération significative de la qualité de vie (p = 0.02). On a ainsi pu démontrer que ces atteintes de l’estime de soi étaient un facteur aggravant sur le pronostic de la maladie et sont associées à un plus grand risque de récidive.

  • C’est grâce à ces échelles standardisées spécifiques, que l’on a pu préciser le lien entre psychologie, relations sociales et maladies de peau.

  • La plus ancienne et la plus utilisée car elle s’applique à toutes les dermatoses est le DLQI, développé et validé par Finlay en 1994.

  • Ce Dermatology Life Quality Index (DLQI) consiste en dix questions facilement utilisables en pratique clinique. On peut non seulement mesurer l’impact négatif d’une dermatose mais aussi l’amélioration lorsque les lésions cutanées sont rendues moins visibles à l’aide des mesures cosmétiques appropriées. Dans une étude, on a évalué, non seulement la qualité de vie avec le DLQI mais aussi la détresse psychologique avec l’échelle validée GHQ-28, chez 300 patients atteints de vitiligo et 300 contrôles.

  • Ce General Health Questionnaire-28, contient 28 questions mesurant la dépression sévère, l’anxiété, le dysfonctionnement social et les symptômes somatiques. Les troubles psychiatriques concernaient plus souvent les femmes jeunes, non mariées dont la durée de maladie est supérieure à 5 ans. Le score global moyen de DLQI était 6,71 signant un impact en moyenne de grade modéré mais chez 65 patients (21,7 %) l’altération était grave. La qualité de vie était plus dégradée chez les célibataires, jeunes, avec une ancienneté de la maladie supérieure à 5 ans.

Ces deux échelles confirment le retentissement non seulement émotionnel et social mais aussi psychiatrique.

Grâce à des techniques de maquillage adapté, on couvre les lésions de vitiligo qui permettent une satisfaction immédiate comme cela a été démontré dans de nombreuses études.

Levy et al ont colligé ces études en 2012 portant sur un total de 544 patients [7], démontrant le rôle indispensable de ces techniques de camouflage, véritable arme thérapeutique du vitiligo, et cela quel que soit le pays et la couleur de peau [8].

 

 ET AUSSI LORS DU MÉLASMA

Le mélasma, est une dermatose fréquente elle aussi, elle se caractérise par des taches hyper-pigmentées généralement sur les zones cutanées photoexposées : le visage, le cou, le décolleté et parfois les bras.

Cette pigmentation hétérogène est mal vécue, avec une perception de peau sale, et affecte de façon constante le bien-être et l’estime de soi. En Inde le mélasma est la première cause de mélanoses faciales.

Une étude portant sur 104 patients a démontré la corrélation entre la gravité du mélasma et la répercussion sur l’estime de soi : une atteinte faible à modérée (0-8) est associée à un faible score DLQI (9,34). Inversement, une extension importante du mélasma (> 16-24) est associée à un score DLQI élevé (15,33).

Grâce à une échelle de gravité clinique du mélasma, M-MASI (Modified Melasma Area and Severity Index),  on a conclu que les femmes (score 10,19) sont plus affectées que les hommes (score 9,27), de même que les jeunes (score 10,52) sont plus impactés que les personnes âgées (score 7,44). Mais ici, c’est lorsque la maladie est récente que le DLQI est le plus élevé (score 11). Chez les patients affectés depuis plus cinq années, une forme de tolérance vis-à-vis de la gêne semble s’installer (score 7,71).

Une mesure simple pour prévenir et faire régresser le mélasma consiste en l’utilisation quotidienne d’un écran solaire à filtration « broad band » c’est à dire à large spectre, filtrant efficacement dans les UVA, limitant ainsi la pigmentation UV induite.

Dans une récente étude réalisée en Inde [10], les 100 patients ont uniquement appliqué trois fois par jour une crème solaire à large spectre (SPF 19, PA +++) sur les zones atteintes (Garnier White Complete R) pendant 12 semaines, leur MASI (Melasma Area Severity Score) a diminué en moyenne de 12,38 à 9,15 et la qualité de vie (Hi-MELASQoL, échelle spécifique validée en Inde) est passée de 47,2 à 38,1. Ces résultats confirment le lien entre mélasma et qualité de vie et démontrent l’impact positif sur la qualité de vie avec uniquement une photo-protection cosmétique adaptée.

Avec une autre échelle de qualité de vie spécifique des cosmétiques, le BeautyQoL, une étude a porté sur 88 femmes, de phototype III et IV, ayant des imperfections esthétiques du visage (cicatrices d’acné, de varicelle, mélasma, etc.).

Grâce à l’utilisation quotidienne d’une crème couvrante et d’une poudre libre camouflant les lésions, on a observé après 3 semaines une amélioration significative (p < 0,05) de la qualité de vie, notamment de la dimension « confiance en soi » et cela dès la première semaine.

Ces bienfaits induits par les cosmétiques pourraient dépendre de facteurs sociaux, culturels, géographiques, c’est pourquoi il est intéressant de citer la revue portant sur 18 études, réalisées dans onze pays différents : France, Taiwan, Australie, Japon, Belgique, Canada, etc… regroupant au total 912 patients atteints de vitiligo, mélasma ou de cicatrices d’acné.

Pour sept de ces études, le DLQI diminue significativement dès la première application.

Cette revue démontre que, quel que soit le type de peau :  claire, intermédiaire ou foncée, et quelle que soit la culture, on confirme l’amélioration de la qualité de vie grâce aux cosmétiques qui diminuent significativement le caractère affichant de ces dermatoses.

 

BEAUTÉ, BIEN-ÊTRE ET CANCER

et prise en charge cosmétique

Lors de pathologies graves telles que le cancer, la qualité de vie est altérée par la maladie elle-même et ses symptômes mais aussi par les effets cutanés des traitements anticancéreux souvent sévères, entraînant des gènes esthétiques et fonctionnelles.

Une étude de 2014, sur 73 femmes atteintes de cancer du sein quantifie l’impact de ces effets secondaires sur la Qualité de vie (p = 0.005) [13].

Dans ce contexte particulier, l’usage de cosmétiques adaptés est l’essentiel. 

Des émollients de haute tolérance (Baume Lipikar APÒ) ont permis après 6 semaines d’application biquotidienne, une amélioration significative de la Qualité de Vie mesurée par le DLQI (score 2 pour les soins standards et score 1,3 pour les soins cosmétiques).

Le domaine « symptômes et sentiments » est significativement amélioré par les soins du visage dès la quatrième semaine par rapport aux soins standards (p = 0.006.)

Cette prise en charge cosmétique non seulement permet aux patients de retrouver du réconfort pendant leur traitement mais aussi une meilleure adhésion aux traitements anticancéreux en réduisant la gêne de leurs effets secondaires cutanés.

Prendre soin de sa peau, de son apparence permet aux femmes de retrouver confiance en elles et de mieux appréhender la maladie et de maintenir un bien être. 

 

LES PROCÉDURES ESTHÉTIQUES 

POUR L’AMÉLIORATION DE L’ESTIME DE SOI

Les procédures de rajeunissement telles l’acide hyaluronique, la toxine botulique ou encore les peelings sont très fréquemment pratiqués et ont un point commun : elles ont des effets immédiats le bien-être et la qualité de vie.

Tout d’abord la toxine botulique, utilisée en médecine esthétique depuis 1997 en France, introduite plus tard en 2003 aux USA.

Cette toxine administrée sous forme d’injections réduit les signes de vieillissement cutané, notamment les rides du visage (rides du lion, patte d’oie) et lisse le cou en relâchant les contractions inesthétiques des bandes platysmales

Une étude américaine de 2010 montre que la toxine botulique de type A améliore la qualité de vie et l’estime de soi chez 100 patients de 25 à 73 ans.

Grace à une méthodologie randomisée en double aveugle contre placebo, on démontre une différence significative entre le groupe traité et le groupe placebo.

Pour mesurer la qualité de vie et l’estime de soi, les deux questionnaires suivants ont été utilisés avant les injections, puis deux semaines, et trois mois après la procédure :

  1. « Quality of Life Enjoyment and Satisfaction Questionnaire – Short Form ». (QLESQ-SF)

  2.  «Heatherton and Polivy State Self-Esteem ». (HPSS)

Le groupe traité par la toxine botulique A présente une amélioration significative (p < 0.05) sur les critères : l’estime de soi globale, l’estime de soi liée à l’apparence, l’estime de soi lié à la vie sociale et à la performance.

Cette étude démontre de façon incontestable l’impact positif sur la qualité de vie et le bien-être des traitements des rides par injections de toxine botulique. Les patients y gagnent en apparence, vie sociale et performance notamment grâce à l’effacement des rides du visage notamment celles de la glabelle.

Les autres procédures anti-âge très fréquemment utilisées, dites de comblement, sont des injections le plus souvent à base d’acide hyaluronique.

Introduites en Europe au début des années 2000, ces injections comblent les rides, corrigent les pertes de volume du visage, lissent la surface cutanée et améliorent l’hydratation de la peau. De nombreuses publications rapportent non seulement l’effet quantifiable immédiat de ces injections sur l’effacement des rides mais aussi les répercussions sur la qualité de vie et le bien-être des patients traités.

  1. Dans une étude menée en 2020, on a évalué l’impact positif d’injections d’acide hyaluronique sur la perception subjective par les patients eux-mêmes, grâce au questionnaire « My Skin » développé spécifiquement. Chez ces 57 femmes (âge 35-55 ans), traitées pour leurs rides du visage, l’amélioration cutanée était positivement corrélée avec un meilleur sentiment d’autonomie (p = 0,028) et de bien-être (p = 0,008). C’est chez les femmes les plus âgées, ménopausées ou pas, que l’on retrouve les améliorations les plus significatives du bien-être.

  2. On doit aussi citer le travail prospectif très intéressant fait en Allemagne sur 145 patientes, d’âge moyen 50 ans, ayant reçu des injections de toxine botulique et/ou d’acide hyaluronique comparés à un groupe contrôle issu de base de données (BGR 2013). Dans le groupe de femmes qui se fait traiter ses rides on note une moindre surcharge pondérale, ce sont plus souvent des célibataires, elles ont un niveau d’éducation plus élevé, et leur qualité de vie évaluée par WhoQOLet BFI-10 est supérieure. Ces femmes ne présentent pas plus de signes de troubles dysmorphies que le groupe contrôle qui ne se fait pas traiter ses rides.

Dans d’autres situations telles que les lipo-atrophies faciales des patients traités pour VIH, la stigmatisation sociale peut être extrême.

Et là aussi corriger l’apparence par des produits de comblement, acide hyaluronique ou greffe de graisse autologue, permet une amélioration significative non seulement de l’atrophie des joues, mais parallèlement aura un impact psychologique positif, bien démontré dans de nombreuses études, sur le bien-être et la qualité de vie.

Les traitements combinés ont aussi été évalués et on a rapporté l’amélioration de qualité de vie lors de traitements des rides associant toxine botulique et acide hyaluronique.

Durant 6 mois les 60 patients (50 femmes, 10 hommes) âgés de 18 à 64 ans (phototypes II à V) ont eu une amélioration de leur bien-être (World Health Organization -Five Well-Being Index, WHO-5) et de leur estime de soi (Heatherton & Polivy State Self-Esteem Scale, HPSS). 

Ces améliorations du bien-être sont significatives dès la troisième semaine (p = 0.008) et persistent à 6 mois (p = 0.037). De même, pour l’estime de soi, l’amélioration est significative à 3 semaines (p < .001), et persiste 4 mois après (p = .002) ainsi qu’à 6 mois (p = .006).

Ces méthodologies ont aussi été utilisées pour évaluer l’impact sur le bien être des peelings qui sont utilisés depuis longtemps en esthétique.

Cette procédure de lissage de la surface cutanée permet une exfoliation plus ou moins profonde de la peau grâce à des actifs tels que TCA, AHA, souvent associés à des complexes de Vitamines, de dépigmentants, etc… Ils atténuent les ridules superficielles, traitent les tâches d’hyperpigmentation, les cicatrices d’acné, et améliorent l’aspect de surface de la peau.

Grâce à ces multiples propriétés, les peelings ont des effets non négligeables sur la qualité de vie. 

Une étude réalisée aux USA a démontré grâce au DLQI une amélioration de la qualité de vie des patients traités par peeling à base d’acide salicylique pour réduire des lésions d’hyperpigmentation post-inflammatoire [20].

Chez ces patients au phototype foncé (IV-VI), sur le côté du visage, le traitement des taches les a significativement réduites et la qualité de vie mesurée par DLQI a été nettement améliorée (8,4 avant le peeling, 6,7 deux semaines après traitement).

Cette amélioration de l’estime de soi est aussi observée chez les adolescents, période critique de la vie ou l’image corporelle est très chargée émotionnellement, les lésions d’acné et leurs cicatrices aggravant nettement l’estime de soi.

Les peelings utilisés à visée thérapeutique chez 67 adolescents pour leur acné, leurs cicatrices etc.… et chez 59 autres pour des motifs uniquement esthétiques, clarté du teint, imperfections, ont permis une amélioration significative des scores de qualité de vie mesurés par le RSES (Rosenberg Self-Esteem Scale) quel que soit le motif de demande des peelings.

Grâce à ces nombreuses échelles validées, on confirme dans ces études l’influence bénéfique sur le bien-être des procédures par peeling, procédure certes utilisée depuis longtemps, mais toujours d’actualité tant la satisfaction des patients est bien démontrée.

 

ET LA CHIRURGIE ESTHÉTIQUE ?

Pour la durabilité de la satisfaction et l’effet long terme sur l’image corporelle.

S’il y a un domaine où la chirurgie du visage n’est pas contestable, c’est bien la reconstruction faciale post traumatique. En revanche, que n’a-t-on pas entendu sur les motivations de la chirurgie esthétique du visage et sur leurs protagonistes.

Si effectivement, les caractéristiques plus émotionnelles des femmes qui ont recours à un lifting facial sont réelles, les conséquences bénéfiques sur le bien-être ne sont plus contestables et grâce aux échelles de Qualité de Vie validées, la quantification de ces bénéfices est aujourd’hui largement démontrée.

Dans une étude indienne de 2014, les auteurs ont prouvé que la chirurgie esthétique et reconstructive impactait la qualité de vie des patients. 

Dans cette étude, 91 patients dont 43 ont eu une chirurgie pour raisons esthétiques et 48 une chirurgie reconstructive. La qualité de vie avant puis 3 mois après chirurgie a été mesurée par deux échelles différentes : Short Form (SF)-36 et BCS. 

  1. Le SF-36 est une échelle d’évaluation de la santé mentale, de la vitalité et du rôle social en général, tandis que le BCS(Body Cathexis) évalue le niveau de satisfaction de l’image corporelle.

  2. Le BCS montre que l’image corporelle était moins bonne avant l’intervention et que les altérations de perception d’image corporelle étaient quasi constantes.

Au décours de la chirurgie, les scores ont été nettement améliorés : 148,38 à 168,38 pour la chirurgie reconstructive et bien sûr d’une moindre intensité, 153,44 à 166,81, pour la chirurgie esthétique.

En ce qui concerne l’échelle SF-36, les scores moyens montrent qu’avant chirurgie le bien-être notamment sa dimension émotionnelle est, comme attendu, beaucoup plus faible avant chirurgie reconstructive (11,81) qu’avant chirurgie esthétique (44,96).

Après l’opération, les deux scores ont respectivement augmenté à 80,56 et 86,05.

Le gain est spectaculaire après chirurgie reconstructive. Il est intéressant de constater qu’après l’acte chirurgical, les niveaux de bien-être sont similaires pour les deux groupes.

Une étude a menée pendant 3 ans, au Canada, sur 93 patients dont 82 femmes, opérés pour une rhinoplastie (49%) ou une chirurgie anti-âge (51%) a permis d’évaluer la qualité de vie par l’échelle DAS-59 (59-item Derriford Appearance Scale) [23]. Cette échelle validée évalue la détresse psychologique associée à la confiance de soi, à l’apparence du visage.  

DAS-59 regroupe 57 éléments d’auto-évaluation qui sont divisés en six domaines :

  1. conscience générale de l’apparence,
  2. conscience sociale de l’apparence,
  3. conscience de soi de l’apparence sexuelle et corporelle,
  4. image de soi négative,
  5. conscience de soi de l’apparence faciale,
  6. détresse physique et dysfonctionnement.

Après rhinoplastie, les scores globaux de conscience générale de soi et de l’image de soi négative ont été significativement améliorés.

Pour la chirurgie anti-âge, le DAS-59 a été amélioré pour le domaine de satisfaction de l’apparence faciale et corporelle.

La chirurgie esthétique a un effet positif sur la qualité de vie en enrichissant le bien-être global, le sentiment de satisfaction et d’assurance.  

On voit ainsi que la chirurgie esthétique n’est pas qu’un simple « désir » futile mais une prise en charge d’une préoccupation sociale, un renforcement de la confiance en soi.

Compte tenu du la multiplicité des échelles d’évaluation du bien-être et de la qualité de vie, il était utile de rassembler toutes ces études en méta-analyse. 

En 2016, Dreher R et al. ont regroupé  vingt études qualitatives et  seize études quantitatives publiées dans PUBMED ou LILACS. 

Ces études qui portent sur un total de 1614 patients, ont montré et confirmé que la chirurgie esthétique améliore la qualité de vie.

C’est la mammoplastie qui est l’opération esthétique la plus pratiquée (12 études) et qui améliore le plus intensément le bien-être comparativement aux autres interventions esthétiques.

Le remodelage du corps appelé aussi « Body Contouring » fait appel à des techniques chirurgicales.  Soit il s’agit de patients à poids normal, dits patients « esthétiques » soit le plus souvent à la suite d’une perte massive de poids après une chirurgie bariatrique, quand la perte de poids est d’au moins 50% de l’excédent par rapport à un Indice de Masse Corporel (IMC) normal de 25kg/m2.

En effet chez ces patients qui retrouvent petit à petit un poids dans des valeurs quasi normales, l’insatisfaction d’image corporelle persiste du fait d’un excédent de peau disgracieux et souvent gênant fonctionnellement, notamment au niveau de la paroi abdominale.

C’est précisément pour ces situations que le Body-QOL a été développé, il mesure différents domaines :

  1. satisfaction corporelle

  2. estime de soi et performance sociale

  3. vie sexuelle

  4. symptômes physiques.

Le Body-QOL a été utilisé pour comparer les conséquences de la chirurgie de remodelage du corps sur l’estime de soi et bien être chez des patients ayant eu une perte massive de poids ou des patients contrôles de chirurgie abdominale esthétique en dehors de ce contexte de perte de poids massive (respectivement 20 et 92 patients).

Les actes chirurgicaux pratiqués consistaient en :

  1. abdominoplastie

  2. liposuccion

  3. lipo-abdominoplastie,

  4. et/ou lifting du bas du corps.

Si en préopératoire, les scores du Body-QOL étaient plus faibles pour la cohorte de perte de poids massive (33,9) que la cohorte de chirurgie esthétique (46,1) ; en post-opératoire, les scores des deux cohortes ne sont pas significativement différents (P = 0,223 à 9 mois et P = 0,1133 à 2,7 ans).

Il est intéressant de noter un effet plateau à 3 mois et maintenu pendant toute la durée d’observation, signifiant la durabilité de la satisfaction et l’effet long terme sur l’image corporelle, y compris pour les patients dits «esthétiques». 

LE FACE-Q 

Mise en avant pour la première fois, la satisfaction personnelle des patients 

concernant le résultat clinique de la procédure esthétique est une mesure essentielle.

Leur qualité de vie a été mesurée en utilisant le FACE-Q dans une étude portait sur 31 patients. 

Le FACE-Q est une  échelle validée qui prend en compte les résultats rapportés par le patient sur leur satisfaction de l’apparence de leur visage, de l’aspect de leur peau et aussi leur évaluation de l’amélioration de leurs rides, après un traitement par laser, d’injections de produit de comblement : acide hyaluronique ou  toxine botulique.

Les résultats montrent une amélioration des trois paramètres mesurés :

        1. De 48,4 à 73,4 pour l’apparence du visage

        2. De 43,7 à 66,9 pour l’aspect de la peau,

        3. Et de 55,2 à 66,8 pour l’évaluation des rides.

Cette étude utilisant l’échelle FACE-Q montre bien l’importance du point de vue des patients dans la réussite des interventions cosmétiques et l’impact positif des procédures cosmétiques sur la qualité de vie. 

Cette approche complète les nombreuses études ayant prouvé l’impact significatif des procédures et interventions esthétiques sur la qualité de vie et l’estime de soi, en le reliant à la modification des signes cliniques observés par les patients.

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Dr Michèle Verschoore